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 Petit résumé d'une partie de Légendes des cinq Anneaux menée par Christophe Barbier et jouée à la Guilde.
Un résumé écrit du point de vue d'une samourai-ko, et déstiné à d'autres samourai-ko.
Contemplant les premières douceurs du printemps,
Shiba Yokone se remémore cette saison à Shiro Akodo. Goûtant la
fraîcheur des jardins et la chaleur d’un brasero, elle couche ses
souvenirs sur le papier.
Asako Mina était en quête de connaissance, désirant compléter les
recueils phénix d’histoires lionnes. Nous nous rendîmes à la cour des
Akodo, qui nous avaient invitées à partager la saison d’hiver avec eux
et leurs invités. L’achèvement de cette cour verrait le mariage de Kaiu
Taka et Akodo Nishi. Il fut bon d’oublier les dangers quotidiens,
ressourçant son esprit au rythme lent des journées. Mais les kamis
avaient décidé que ce palais serait troublé. Je devrais plutôt dire un
kamisen, puisqu’il fut le seul responsable de tous les malheurs. Un
responsable, et trois victimes.
Une cour d’hiver. Le temps s’est ralenti, la vie se rythme d’habitudes,
toujours les mêmes, un jour après l’autre. Les braises rougissent les
braseros, les discussions animent les couloirs, les thés odorent les
salons, les katas martèlent les dojos, les méditations apaisent les
temples, les promenades foulent les jardins, les lectures effeuillent
les bibliothèques, les flocons blanchissent les esprits. Et les
journées passent, comme des rituels chaque fois recommencés, chaque
fois identiques. Seuls quelques concours viennent rappeler que la lune
change, et que le printemps s’approche.
Touché par le calme du moment, Akodo Shigatoshi proposa aux samouraïs
présent de peindre la sérénité. La cour s’honorait de la présence de
Kakita Hanzo, maître dont les œuvres semblent l’expression même du kami
du pinceau. Mécène, il offrit ses conseils et avis à la cour, refusant
la facilité d’une victoire évidente. Classique, puissant, apaisant,
chaque pinceau peignait la sérénité de son clan. Mais le dragon sut
toucher l’âme du daimyo, par sa voie du pinceau autant que par son
œuvre. Deux pinceaux, un jardin d’hiver. Mirumoto Testukaze était le
plus jeune samouraï de cette cour, il n’en serait pas le moins remarqué.
Et vint le premier drame. Au milieu du jardin, brisant l’harmonie de
ses voisines, une tige se dressait, seule, sa fleur perdue en quelque
sombre fosse. Malgré les recherches de Kitsuki Kenjiro, et de plusieurs
samouraïs offusqués, l’auteur du crime restait caché. Descendante de
graines offertes par Togashi, et encore peinte sur le tableau le plus
serein, quelqu’un avait-il voulu se venger sur cette fleur de la
victoire récente du dragon ?
Le sabre est l’âme d’un samouraï, son honneur. Le concours de iaijutsu
laissa s’exprimer les meilleurs artistes de cette cour. Kakita Toduken,
honoré pour la pureté de ses mouvements, aurait pu remporter ce
concours sans contestation. Toutefois, il laissa s’affronter ceux qu’il
aurait pu prendre comme disciples. Une fois de plus, le héron prouvait
son honneur, préférant un affrontement surprenant à une victoire sans
saveur. Puissance des crabes, courage des lions, pureté des hérons,
agilité des scorpions, chaque sabre dansait. La spontanéité pris le
dessus, et Mirumoto Tetsukaze fit l’éloge du dragon : inattendu et
redoutable.
Mais la fleur était toujours absente, bientôt rejointe par un tableau.
Plus que l’harmonie, le bushido même fut blessé. Le privant d’un de ses
aspects, le voleur l’avait amputé, s’attaquant directement au cœur de
tous les samouraïs présents. Blessure faite au grand dojo, la
représentation du courage avait disparu, laissant le mur nu au-dessus
de l’idéogramme. Shiro Akodo s’assombrissait.
L’éloquence sut redonner au bushido sa prestance. Akodo Shigatoshi,
désirant sans doute affirmer la droiture du samouraï malgré ces
évènements, nous invita à exprimer notre vision du bushido, notre façon
de le faire vivre. Parole, peinture, art floral, les moyens
d’expression furent multiples. Et tandis que nos descriptions
l’engonçait, Akodo Urumi le fit vibrer en chacun de nous. Elle le
dépeignit dans son ensemble, trouvant l’équilibre entre ses aspects,
l’élevant plutôt que l’attachant à une seule de ses valeurs. Elle ne
nous décrivit pas son bushido, mais le bushido.
Les tensions entre lions et hérons sont éternelles, mais quelqu’un
voulait les raviver. Après le tableau représentant la bataille de la
voie du chagrin, la bannière, prise aux hérons par les lions lors de
cet affrontement, fut dérobée. La suspicion étendait son lourd manteau
sur Shiro Akodo. Déjà, Moto Benjiro, licorne aux mœurs étranges, disait
ressentir l’influence d’un démon entre ces murs.
Dans les jours suivants, les premiers soupçons se précisèrent, en la
personne d’Akodo Kafu, intendant du daimyo. Ce samouraï, d’ordinaire
calme et organisé, paraissait troublé et pressé. Pire, son sabre ne
l’accompagnait plus, le forçant à se cacher des autres samouraïs. Moto
Benjiro semblait plonger complètement dans la folie, sentant
l’influence du démon dans la chambre même de l’intendant.
Le dernier concours accorda un peu de répit à cette cour. Si les
talents s’étaient exprimés par l’individu, l’harmonie d’un couple
dansant devait illuminer la soirée. Yorimoto Shiso, prouvant la
générosité de son clan, vint en aide à Kaiu Taka, lui enseignant
comment danser conformément à son prochain rôle de marié. Et bien que
séparés par leur situation douloureuse, Yorimoto Shiso et Matsu Hitomi
profitèrent de leur bref instant de retrouvailles. Par quelques pas,
ils montrèrent que l’équilibre d’un couple uni mène une danse bien plus
harmonieuse que la technique pure.
Mais dès le lendemain, le drame se poursuivit. Le mon et le sceau
d’Akodo Shigatoshi furent dérobés, et Daidoji Atsuko aperçue près des
appartements du daimyo par Akodo Kafu. Malgré la bonté d’Akodo
Shigatoshi pour retarder son jugement, les hérons ne purent apporter
aucune preuve de son innocence. En un clair matin d’hiver, Daidoji
Atsuko lava l’honneur de son clan de la faute imputée. Elle fut la
première victime du kamisen.
Le dénouement arriva quelques jours après. Moto Benjiro, alors
complètement fou, sentit la présence du démon dans la chambre du
seigneur Akodo Kafu. Se jetant contre les gardes, il permit à certains
d’entre nous d’aller secourir l’intendant, payant cette ouverture de sa
vie. Il fut la seconde victime du kamisen.
Le démon était là, vision d’horreur que je m’interdis de décrire.
Croyant avoir gagné, il avait échoué devant la volonté d’Akodo Kafu.
Lui qui avait obéi dans l’espoir de voir son amour autorisé avec celle
qu’il aimait, il refusait de la tuer. S’il ne pouvait épouser Akodo
Nishi, il était pire de la voir mourir. Et refusant ce dernier ordre,
il regagna sa liberté.
Il retint le démon, seul, jusqu’à ce que nous arrivions. Et maîtrisant
leur terreur, Akodo Urumi, Kakita Hanzo, Kakita Toduken, Mirumoto
Testukaze et Yorimoto Shiso achevèrent le démon. Quelques heures plus
tard, Akodo Kafu lavait l’honneur de sa famille et de son clan. Le
premier touché par le kamisen, il fut le dernier à succomber.
Lors du mariage, tout le monde s'efforça d'oublier la saison passée.
Rien ne comptait plus que Kaiu Taka et Akodo Nishi. Un nouveau couple,
une nouvelle alliance.
Et pour nous, un nouvel avenir...
Tranquillement, Shiba Yokone lave son pinceau, et
range son matériel d'écriture. Dans la cour de Shiro Akodo, les
préparatifs du départ battent leur plein. Shiba Yokone voit passer ses
cinq nouveaux compagnons. Comme elle, ils portent le sceau des
magistrats d'émeraude. Et elle sait que, comme elle, ils se demandent
quels destins leur ont réservé les kamis.
Nouvelle écrite par Sylvain Meunier
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