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Les enfants de la nuit... |
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(3088 mots dans ce texte ) -
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 Pour inaugurer les p'tits backgrounds sympathiques de la Guilde des
Joueurs, voici l'histoire de Nahla et Adkan, personnages issus de
Samarkande, un jeu amateur traîtant de vampires, créé par Patrice
et mené en campagne à l'asso...
Samarkande la tentaculaire, citée état où
s'entremêle et s'entrechoquent les populations les plus différentes.
Labyrinthe oppressant pour les égarés, écrin protecteur pour ceux qui
savent en décrypter les mystères, ce qui est mon cas. J'y vis depuis
tout petit, je crois même que j'y suis né. D'aussi loin que je me
souvienne, je me suis toujours faufilé avec aisance dans le dédale de
ses ruelles sombres. Je suis un aventurier me disent mes amis, mais pas
téméraire et je sais me pelotonner dans un recoin d'ombre lorsque
survient un danger… Et à Samarkande, le danger peut-être partout pour
celui qui ne fait pas attention. Se promener seul est souvent périlleux
et se faire des alliés sûrs est souvent le meilleur moyen pour
prolonger son espérance de vie…
J'ai eu du mal à trouver des protecteurs, mon
engeance est souvent pourchassée et sacrifiée à l'autel des
superstitions humaines. Les compagnons que j'ai choisis ont leurs
propres superstitions, mélange de peurs et d'espoirs, mais aucune ne
m'incluent et ils me laissent chasser où paresser à loisir, ce qui me
convient parfaitement… Je ne saurais définir clairement les Aqtam-m.
Campement, famille, tribu, clan, artistes, saltimbanques, bonni
menteurs, voleurs, peu importe le nom que l'on donne à ces nomades. Ils
sont là, l'ont toujours été et le seront probablement toujours.
Ma vie dans le camp est des plus paisible, je reste des après midi
entières étalé au soleil observant les humains s'agiter, m'étirant
longuement lorsqu'une descente du guet vient troubler le quotidien. Ici
les jours s'enchaînent dans une confortable quiétude qui n'est pas pour
me déplaire.
Il arrive pourtant que le camp s'agite comme ce soir. Tout le monde se
presse autour de la tente d'Ajar K'rim pour voir d'où viennent ces
cris, qui me dressent les poils sur l'échine. Ajar K'rim, la danseuse
du ventre, est sans doute la plus belle femme du clan et je crois avoir
vu tous les hommes qui ont croisé sa route tenter leur chance, en vain.
On raconte qu'elle a offert son cœur à un étranger au clan, un beau
gars avec de belles manières. Bien sûr, ça a suscité des jalousies dans
le campement et la plupart des éconduits n'ont pas particulièrement été
cléments quand sa grossesse est devenue difficile.
Moi aussi je m'approche. On se bouscule, comme à la curée, voir la
victime agoniser, ne pas rater un râle, ne pas rater une goutte de
sueur ou de sang… Ajar K'rim est allongée sur une table, de larges
coussins lui emprisonnent les épaules. Son visage si magnifique est
maintenant déformé par la douleur, ses doigts s'enfoncent profondément
dans la chair des amis venus la réconforter. Une femme s'affaire entre
ses jambes grandes ouvertes. La rebouteuse du clan, fait la moue car
l'enfant se présente mal. Tandis que les râles continuent, les rumeurs
se sont tues. Les vieilles rancoeurs sur la paternité de l'enfant se
sont envolées, seule la peur de perdre leur joyau emplit maintenant le
cœur des hommes.
Ajar K'rim halète, pousse, crie, se contracte. Une jambe de l'enfant
apparaît. Un chien vient lécher le sang qui tombe au sol et reçoit un
coup de pied… Il ne l'a pas volé! La guérisseuse est à la peine, elle
peste que l'enfant est gros comme un veau, une jeune femme vient
l'aider pour extraire le bébé des entrailles de la mère en souffrance.
Le dos et les épaules sont enfin dégagés, la guérisseuse glisse sa main
le long du cou de l'enfant pour qu'il ne s'étrangle pas avec les
contractions de sa mère qui semble désormais prête à rendre l'âme. Un
dernier effort et le bébé sort enfin. On l'enveloppe dans un drap
tandis que la guérisseuse coupe le cordon.
Quand l'enfant est présenté à la foule, la stupeur fait place aux
murmures. Certains, détournent le regard tandis que d'autres se
signent. Jamais au cours de ma vie, je n'ai vu pareille horreur. Cet
enfant est marqué par la fatalité la plus noire. C'est comme s'il
portait sur son visage toutes les calomnies proférées contre sa mère
durant des années. Plus aucun son ne parcours l'assistance hormis les
sanglots de la jeune fille qui tient encore la main d'Ajar K'rim. Elle
bredouille que la jeune mère vient de s'éteindre. Certains se mettent à
pleurer, y compris parmi les hommes, d'autres prient en silence. C'est
la fin d'une époque d'insouciance où tout le monde gravitait autour du
même joyau…
Le brouhaha reprend, tout le monde s'interroge sur l'avenir incertain
de l'enfant né, comment une pareille abomination pourrait-elle trouver
sa place? Même ici, au milieu des phénomènes de foire.
La guérisseuse intime le silence. Livide, la main posée sur le ventre de la défunte, elle s'écrit qu'il en reste un !
On se bouscule pour voir l'inconcevable et j'évite de justesse d'être
piétiné. Une forêt de jambes se dresse maintenant devant moi. Je
contourne rapidement la foule et saute sur un guéridon. D'ici, je peux
tout voir. La guérisseuse tient dans ses mains un tout petit bébé. Une
fille apparemment. Je regarde mieux. Contrairement à son frère son
visage est angélique et son corps harmonieux. Elle ne pleure pas, mais
ouvre de grands yeux et me fixe. Je me crispe, son regard me
transperce, me fouille, me dissèque, j'ai l'impression qu'elle sait
tout de moi. J'ai l'impression que je ne pourrai plus la quitter.
Voilà longtemps que je vis auprès des
jumeaux. Je ne les ai laissé que deux fois en douze ans. La première
fois, sous les roues d'un carrosse qui roulait trop vite pour moi, la
deuxième en tombant bêtement d'un toit… Je sais, c'est stupide pour
quelqu'un d'aussi doué que moi, mais je ne suis malheureusement pas à
l'abri des accidents. Nahla plaisante souvent que contrairement aux
humains, Dieu m'a donné neuf chances d'apprendre, ce qui fait beaucoup
rire Adkan qui me ramasse chaque fois en piteux état.
J'adore ces enfants, Nahla et Adkan ne se séparent jamais, ils sont
comme les deux faces d'une pièce. Indissociables et pourtant
radicalement différents… Ils représentent un tout. Douceur &
violence, esprit & matière, ombre & lumière sans que quiconque
puisse avec certitude définir quel adjectif attribuer à chacun…
Adkan est un colosse. Il parait lourd et maladroit, mais sait être
tendre lorsqu'il me prend dans ses bras le soir au coin du feu. La
plupart des gens préfèrent l'ignorer car son visage disgracieux le met
au ban du clan et il doit souvent rester caché pour ne pas subir les
moqueries des autres enfants de la caravane. Hakim, le chef du clan,
l'a envoyé voler, mais il est trop grand et trop pataud pour rester
discret. Une fois cela a failli mal tourner et il s'en est fallu d'un
poil pour qu'Adkan se fasse arrêter par le guet. Hakim l'a mis à la
manche devant les temples, pensant qu'avec son faciès tourmenté, il
ferait bien plus pitié que les faux culs de jatte et faux aveugles
habituels… Mais il est arrivé l'effet inverse, les bourgeois évitaient
de croiser son regard, les enfants se mettaient à pleurer en sa
présence et bien sûr Adkan rentrait le soir aussi pauvre qu'au matin.
Alors on l'a cantonné au campement. Grâce à sa force prodigieuse, il
effectue les lourdes tâches, soulevant des charges qui terrasseraient
plus d'un adulte. C'est aussi Adkan qui débarrasse les litières
souillées des animaux du camp et accomplit les autres tâches
rebutantes. Il le fait sans mot dire, car il est condamné à vivre dans
l'ombre pour ne pas effrayer les enfants, ignoré des adultes.
Seul Nalha connaît sa véritable richesse intérieure, sa droiture et son
honneur et elle souffre que son frère ne soit pas traité aussi bien
qu'elle dans le camp. Etrangement, Nahla n'a jamais eu à demander quoi
que ce soit… Sa vie semble être un perpétuel présent. Souvent, on lui
dit qu'elle ressemble à sa mère, qu'elle en a la grâce et la douceur,
mais jamais on ne lui parle des conditions dans lesquels elle est né,
ni que sa mère était morte avant même de la mettre au monde. Je ne sais
pas si les gens ont peurs de lui faire de la peine ou s'ils craignent
qu'elle ne sache déjà, car sous l'apparence d'une fillette insouciante
et enjouée, Nahla peut se montrer cruelle. Elle connaît les faiblesses
de chacun et sait en user pour malmener sa victime comme un chat joue
avec sa proie… Je l'adore!
Nahla n'est pas très courageuse et trouve toujours une astuce pour
paresser ou pour se faire servir. Elle en abuse auprès des hommes qui
ont souvent du mal à résister aux caprices de ce séduisant diablotin.
Elle n'a pas la force de son colosse de frère, ni son courage, mais
cela ne l'a jamais beaucoup handicapé car elle est maligne et sait
contourner les problèmes d'un battement de ses longs cils…
La famille a vite compris comment utiliser au mieux ce talent pour la
minauderie et l'envoie faire diversion avec des danses langoureuses
pendant que ses cousins font les poches des badauds. La plupart du
temps cela se passe bien, mais parfois Nahla se fait attraper et il
faut toute la persuasion de ses truands de cousins pour faire lâcher
prises aux bourgeois dépouillés… Elle n'est pas douée pour la bagarre,
pas plus que pour le vol au dire de ses cousins. Son talent, Nahla n'en
parle pas, hormis à son frère. Sa famille ne comprendrait peut-être
pas, alors pour ne pas contrarier le Clan elle continue à chaparder,
sans grand résultat.
Nahla a toujours été vive et plutôt curieuse, fourrant régulièrement
son nez partout, y compris dans des histoires auxquelles il vaut mieux
rester étranger. Aussi lorsqu'elle a entendu dire que la vieille Khayal
était revenue d'une longue absence, elle n'a pas pu s'empêcher d'aller
jeter un œil sous la tente de l'étrange femme. Adkan a bien essayé de
l'en dissuader, mais la tentation a été trop grande.
Nahla n'a rien eu à dire. Khayal l'a traversée comme une source
cristalline et à découvert son don pour voir au delà des choses et du
temps. La vieille sorcière qui pratique l'art subtil de la double vue a
pris Nahla sous son aile et lui a demandé de revenir chaque matin pour
commencer à enfin voir… La jeune fille a donc découvert auprès de son
aînée un monde encore plus secret que celui où elle évoluait.
Au bout d'environ une année de visites pourtant discrètes auprès de
Khayal et sans que Nahla fasse la moindre réclamation, le Patriarche de
la famille l'a chargé de dire la bonne aventure aux passants. Nahla est
ravie, c'est moins fatiguant car elle n'a qu'à embobiner ses victimes
en essayant de leur soutirer un maximum de renseignements avant de
livrer à ses cousins les pigeons les plus gras. Souvent Nahla n'a pas à
jouer la comédie et voit au travers des gens dont elle lit la main.
Elle a appris qu'il est des passés qu'il vaut mieux taire et des futurs
dont il vaut mieux s'éloigner et que ce n'est pas le statut d'un homme
qui fait sa valeur car nombre de notables sont plus sombres que bien
des croquants… Elle a appris enfin, que la réalité n'est qu'un reflet
accepté de la vérité.
Adkan n'aime pas quand sa soeur parle des
morts qui nous entourent, j'avoue que cela m'effraie aussi quand elle
semble s'entretenir avec eux, les yeux plongés dans le néant, pourtant
je la crois car moi aussi parfois je perçois "autre chose". Adkan vit
dans le concret, il ignore ce pan de la réalité fait de ressentis et
d'immatériel. A seize ans, il a enfin trouvé sa place dans la caravane
et Hakim lui fait confiance. Chaque soir, lorsque la troupe se produit
sur la place des Arts, au milieu des voyants, illusionnistes,
musiciens, acrobates, satyres et autres femmes à barbe, il endosse son
costume de scène et devient l'espace d'une représentation "Tawr Jabbar
Ben Ra"d", le taureau géant, fils du tonnerre! Bardé de chaînes et
maculé de sang, le visage masqué sous une tête de taureau grimaçante,
il pousse des hurlements qui terrifient les enfants et fait pâlir les
hommes. De sa musculature puissante Tawr fait sauter les maillons de
ses entraves, rajoutant des frissons aux bourgeoises qui nourrissent
déjà quelques désirs coupables…
Hakim en parfait maître conteur déroule la légende de ce démon cornu,
capturé aux confins du désert par de valeureux nomades en quête de
gloire.
Le spectacle est toujours un triomphe car Adkan ne ménage pas sa peine
et Nahla est ravie de le voir enfin épanoui, même si c'est sous les
traits de Tawr…
Ces soirées de fête sont pour elle un oasis de paix, car depuis
quelques temps s'est levé un vent muet de soupçons à son égard. Nahla a
remarqué un changement d'attitude chez ses proches comme si un malaise
latent s'installait. La journée, lorsqu'elle rabat ses proies, ses
cousins se contente de suivre ses indications de loin et il n'y a bien
que son frère pour continuer à la côtoyer. Elle entend trop souvent les
mêmes ragots colportés contre elle par des cousins de moins en moins
discrets. Un soir, une petite fille du clan l'a appelée "la Sorcière"
avant de se mordre la langue et de partir en courant, rouge de honte…
La plupart des gens évitent désormais de croiser son regard et les
animaux se terrent de frayeur à son contact. Sauf moi bien entendu, je
la connais depuis si longtemps. C'est paradoxal, tandis que son frère
est enfin acceptée par la troupe, Nahla est mise à l'écart et suscite
la crainte. Pourtant, sa beauté n'a pas perdu de son éclat et s'est
même renforcée car elle a acquis une présence inaccessible à bien des
femmes. Je crois que le voile de mystère qui l'a recouvre est bien trop
opaque pour la plupart des humains et que seuls ceux qui oseront
abandonner leurs peurs pourront découvrir quel joyau il cache.
Asad n'éprouve pas les craintes de ses
cousins, peut-être par courage, peut-être pas inconscience. Il sait que
Nahla n'est pas un danger pour lui car sa bravoure le met à l'abri des
charmes de sa sorcière de cousine. Asad espère devenir le prochain chef
de la caravane. Bien sûr il n'a pas la sagesse d'Hakim, mais c'est un
meneur d'homme et à vingt ans à peine, il impose déjà le respect à tout
le campement. Asad ne craint personne et aime que cela se sache… Nahla
sait qu'il a séduit toutes les jeunes filles du campement, pourtant
elle éprouve une fierté a ce qu'il l'ait choisit pour fiancée, elle se
sent si seule, si rejetée de la communauté…
Je n'aime pas cet homme, pas plus qu'Adkan, car nous voyons clair dans
son jeu. Séduire Nahla lui permet de s'afficher avec la perle de la
caravane pour augmenter son prestige. Je l'ai même surpris à plaisanter
avec ses cousins qu'une fois marié, il aura tôt fait de museler Nahla
et de la ramener dans le droit chemin comme toute femme soumise doit
l'être. Je le déteste ! Lui non plus ne m'apprécie guère car il me
jette systématiquement dehors quand il visite sa promise, mais je me
venge en me faisant les griffes sur les bottes dont il est si fier. Il
n'y a pas de petits plaisirs…
Bien sûr Nahla ne voit rien du piège qui se referme sur elle, l'amour
rend aveugle. Mais Asad n'est pas fin, il n'aime pas qu'on lui résiste
et n'est pas patient pour deux sous. Il croit que Nahla s'allongera
comme toutes les filles qu'il a troussé à la sauvette derrière une
roulotte, mais il se trompe et j'espère qu'elle lira ses vrais
sentiments au moment où elle lui ouvrira son cœur.
Ce soir, ce maudit vaurien est arrivé plus tôt. Je crois qu'il a bu car
son œil est embrumé. Comme d'habitude il m'a jeté dehors. Je cherche
ses bottes… Il ne les a pas quittées pour entrer sous la tente, c'est
sûr il a bu. A l'intérieur, le ton monte, Asad est odieux, il se fait
pressant, menaçant. Nahla a peur pour la première fois, je perçois son
angoisse, je courre quérir Adkan, lui saura quoi faire…
Nous revenons rapidement, quelques minutes se sont écoulées, j'espère
qu'il n'est pas trop tard. Non j'entends encore les suppliques de Nahla
résonner dans ma tête. Dans la tente, il n'y a plus personne, mais au
loin quelques aboiements de chiens dérangés dans leur sommeil nous
offrent une piste fraîche à suivre. Adkan et moi s'élançons sans plus
réfléchir, il nous faut les rattraper avant qu'Asad puisse lui faire du
mal… Je suis rapide et connaît les ruelles par cœur, après trois
raccourcis je rattrape Nahla. Sa robe est déchirée et elle pleure.
Derrière nous, les bottes ferrées d'Asad résonnent bruyamment sur les
pavés. Nous courons à perdre haleine, Nahla a compris en me voyant que
son frère vient la secourir, elle tient bon.
L'aube va se lever, il nous faut être revenu au camp avant que le
soleil n'inonde de lumière les ruelles. Nous pressons le pas malgré la
fatigue… Aux aguets, nous redoutons de tomber sur Asad au détour d'une
ruelle, mais nous ne voyons personne. Le campement est redevenu calme.
Adkan nous attend près du feu, seul. Il a beau dire qu'il n'a vu
personne, je ne le crois pas. Il court plus vite qu'Asad, il l'a
forcement rattrapé. Nahla tombe dans ses bras, en larmes. Il la
console, il ne laissera jamais plus personne lui faire de mal.
Nahla, toujours blottie dans les bras de son frère a cessé de pleurer.
Elle le regarde effrayée car elle ressent maintenant la fureur qui a
parcouru Adkan et la rage qu'il a déchaînée. Je suis sûr maintenant
qu'il a rattrapé sa proie et Dieu sait alors ce qu'il lui a fait. Adkan
la serre un peu plus fort dans ses bras, ils raconteront qu'Asad s'est
perdu dans le dédale des ruelles et qu'il s'est fait avaler par la
ville… Mais nul doute qu'un jour Samarkande vomira le corps brisé en
deux d'un jeune nomade que tout le monde aura oublié.
Depuis la disparition d'Asad, les membres de
la caravane n'adresse plus la parole à Nahla et lui demande où est
passé son fiancé. La jeune fille se tait, ce qui ne plaide pas en sa
faveur, mais jamais elle ne trahira son frère.
Nahla a été mise en garde par Khayal contre la méfiance que les
personnes comme elles pouvaient inspirer aux ignorants. Peut-être
est-il temps de partir comme le fit la vieille femme autrefois.
Découvrir d'autres gens, d'autres quartiers…
Mais Adkan la suivra t-il? Jamais elle ne partira sans lui…
Adkan hait cette vie où il n'existe que sous
les traits de Tawr, traité le reste du temps, comme un idiot par la
troupe, tout juste bon aux travaux les plus dégradants. Il sent monter
en lui lentement une colère sourde et profonde, dévastatrice. Une part
de lui qu'il n'exprime que sur scène, il se sent devenir Tawr Jabbar
Ben R''ad.
Il doit fuir, résister à cette pulsion qui a fait de lui une bête
sauvage, fuir avec Nahla, la seule perle de douceur dans sa vie. Mais
le suivra t-elle maintenant qu'elle sait de quoi il est capable? Jamais
il ne partira sans elle…
Vous n'êtes pas obligé de me croire, je ne
suis qu'un vieux chat noir qui a déjà gaspillé deux vies, pourtant
c'est la vraie histoire d'Adkan, le sombre et Nahla, la petite abielle
telle que j'ai pu la vivre à leurs côtés et jamais je ne partirai sans
eux...
Rédigé conjointement par Claudine et Greg
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