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 Petit commentaire en réponse à un débat initié sur JdR Marseille suite à l'article du "metro" n°479 paru le 25 MARS 2004 à propos du mouvement gothique et d'une allusion aux jeux de rôles.
1ère partie, où l'on parle des goths Enième article présentant une tribu urbaine où l'on n'apprend rien de plus qu'ailleurs. En résumé, les goths sont habillés tout en noir avec des piercings partout et des crucifix. Ils font trembler les petites vieilles à la sortie de la boulangerie, mais moins qu'avant parce qu'on les a vus à la télé, merci TF moins ! Suivent les interviews obligatoires d'aficionados avec l'éternelle ado qui souffre d'un mal-être qu'elle exorcise à travers une noirceur qui lui parle (pourquoi pas.) ; le post ado qui est heureux qu'on l'accepte enfin comme il est, c'est à dire surfeur puis rappeur puis goth (bien... faut suivre !) ; la "fille rangée du milieu" mais qui y retourne de temps en temps et qui nous explique que les goths ont différents états d'esprit (on est rassuré !) Et enfin les boutiquiers qui ont tous étés LE précurseur, qui déplorent la banalisation du mouvement (mais se réjouissent en comptant la caisse) à travers les médias. L'underground devient commercial.
2ème partie, où l'on prononce les mots sans les dire C'est parti, la foire au mot est lancée ! Sous couvert de vouloir dénoncer les rumeurs qui courent sur le phénomène on parle de "satanistes", "messes noires", "sadomasochisme", "suicides", "sectes", etc. Bien sûr tout cela est dit sur un ton rassurant mais seuls ces mots forts resteront dans l'esprit du lecteur lambda, selon le vieux principe : "y'a pas de fumée sans feu", s'ils en parlent c'est qu'il y a dû avoir des précédents. On entretient les psychoses tout en rassurant, bref on prépare les futurs articles.
3ème partie, où l'on évoque le jeu de rôle succinctement La journaliste nous apprend qu'il n'y a pas réciprocité entre mouvement sectaire et mouvement gothique. (Ouf !) Explication en une phase et une promotion de bouquin, de quoi se forger somme toute une solide opinion. Suit la consensuelle mise en garde aux parents : "Attention à ce que lit votre ado !" Ainsi qu'une rapide allusion à l'antisémitisme (indémodable), les goths (allemands ?) seraient-ils en plus fachos ? Décidément ils n'ont pas de bol car ils cumulent. Là où le bas blesse, c'est l'allusion faite aux jeux de rôles. Que viennent-ils faire là ? Dans l'article ils sont présentés comme une étape vers la profanation de cimetière. Cette journaliste n'a pas dû réactualiser "l'affaire Carpentras" présentée par Mireille Dumas, grande pourvoyeuse de bobards médiatiques (cf. la pseudo championne de jet ski) A quand la promotion d'un bouquin qui nous explique qu'il n'y a pas réciprocité entre Jeux de Rôles et dérives de toutes sortes. Cette journaliste fait des amalgames, comme beaucoup. Je ne vois malheureusement pas d'autres solutions pour contrer ce genre de calomnies que d'informer le public encore et toujours aux travers de nos clubs.
En conclusion : Le mouvement gothique est finalement un vieux truc, François Villon s'éclatait déjà en composant des poèmes sur la mort et la bourgeoisie se faisait peur en organisant des fêtes dans les catacombes pendant la renaissance, donc je me marre doucement quand on parle de nouveau phénomène de société. La seule différence est qu'aujourd'hui le marketing à entièrement récupérer le mouvement. Et si on en parle, c'est que ça fait vendre. Très peu d'articles pour parler des psychologies ou des bases véhiculées par les mouvements urbains. On nous parle toujours de fringues, de films, de CD références. Les idées font place aux produits pour le plus grand bien de tout le monde car si l'individu se mettait à penser sans rien acheter où irait la société ? Cela vaut pour tous les mouvements, du grunge au rap en passant par le goth et le kitty. Je suis toujours amuser de voir un jeune passer naturellement du rap au gothique, vu le fossé qui sépare les deux mondes, il n'y a bien que le paraître ou le besoin d'appartenir à un groupe qui peut les rapprocher. Cette négation des idéaux fait, à terme, de tous ces mouvements identitaires des passe-temps pour gosses de riches (200 euros une paire de dock !) en mal de frissons. Tous veulent être aimés ou respectés. Mais ces sentiments ne s'obtiennent pas ils se gagnent. Et pour être respecté, encore faut-il être respectable. Aussi que tous les petits snobinards, tous mouvements confondus, qui cherchent à choquer ou à se communautariser ne crient pas à la ségrégation quand le public tombe dans les poncifs qu'ils ont eux-mêmes mis en place. A trop vouloir s'enfermer dans un ghetto, on finit par être oublié du monde entier et il est alors trop tard pour crier au martyr. Pour ma part, j'aime le gothique pour son imagerie très contrastée (clair/obscur) à la Tim Burton bien utile dans mon métier, mais il est vrai que je n'accroche pas trop aux idéaux. J'aime bien trop la vie pour prendre plaisir dans le nihilisme, les amours impossibles et une auto-flagellation para masturbatoire de mes côtés sombres.
Pour l'allusion aux jeux de rôles. difficile d'en parler tant la phrase est ambiguë. Il faudrait déjà définir ce que sont les JdR. Grandeur Nature, sur table, avec figurines, les psys et les consultants en management utilisent eux aussi des jeux de rôles. Toutes ces pratiques très différentes sont rassemblées sous la même dénomination donc difficile de savoir de laquelle parle la journaliste. Je note qu'elle a marqué "jeu de rôle", sans pluriel à rôle. Lapsus ? Si c'est le cas il n'y a alors rien en commun avec notre pratique où notre plaisir vient de la difficulté d'incarner différents personnages en restant crédible. J'insiste d'ailleurs pour que dans les clubs, on pousse les joueurs à incarner des personnages très variés pour éviter le récurent perso d'un joueur dont seule la classe change d'une partie à l'autre et qui n'est alors un plus travail d'acteur pour le joueur mais la projection d'un phantasme dans une partie qui tourne à la psychothérapie de groupe. (Pour éviter le style de noble elfe, beau, grand et fort, que tout le monde doit aduler car c'est un elfe noble mais qui ruine toutes les parties où on le retrouve parce qu'il est détestablement joué encore et toujours. Ca n'est pas moi qui suis asocial, c'est mon personnage. On frise parfois la schizophrénie !). Je ne peux que vous encourager encore et encore à répandre un message de "plaisir du jeu" autour de vous pour que lorsque vos proches tombent sur l'un de ces articles tendancieux, ils puissent avoir un son de cloche d'un véritable pratiquant et se faire leur propre opinion. Restons sobres dans les réactions face à ce genre d'insinuations, comme le dit Reynaud, pour ne pas passer pour des intégristes toujours sur la défensive. Soyons sobres également dans nos rapports aux autres. Commencez par raconter la fois où vous étiez un jeune page chargé de récupérer le châle d'une princesse dans un tournoi avant de décrire par le détail le jour où vous incarniez un démon léchant l'orbite vide d'un bébé mort sous les roues d'un train rempli de zombies femelles qui se caressaient. Page, "ça le fait moins" je reconnais. Mais c'est plus sûr pour avoir encore un chèque de votre grand-mère à Noël que si vous commencez directement par le démon ;). La plupart des rôlistes se font piéger par leur manque de tempérance. Il faut se rappeler que toute scène de jeu rapportée, l'est "hors contexte" et peut donc être interprétée différemment. Seule une médiatisation "suivie" du jeu de rôles semble être la solution pour stopper cette dérive du sensationnalisme. Messieurs les présidents de clubs, à vos plumes, celui qui cotoîe le plus de journalistes a gagné !
Ludiquement vôtre, Greg, de la Guilde des Joueurs
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