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 Confession d'un Droïde (par Greg - droïde chroniqueur)
La
plupart des unités D2-R2 caressent, un jour, l'espoir d'être embarqué à
bord d'un long croiseur d'exploration qui navigue à l'aventure entre
les systèmes, découvrant des peuplades primitives cachées ou mettant à
jour des systèmes stellaires encore inconnus. D'autres, plus téméraire,
rêvent d'entrer au service d'un pilote émérite, virtuose du vol
acrobatique, luttant au côté de la rébellion contre le tyrannique
empire dans des batailles fulgurantes de chasseurs légers où le moindre
écart de pilotage peut vous faire traverser une supernova ou rencontrer
une météorite… Certains, comme moi, savent qu'il faut rester lucide et
que ces destins hors du commun sont réservés à une poignée de
privilégiés, car la masse des R2 restent cantonnés à des travaux
subalternes. Fut un temps où je calculais les rendements d'exploitation
chez un producteur agricole de Tatooine mais aujourd'hui je suis
attaché à l'astronavigation d'un petit transporteur de fret. Une
promotion peut-on dire avant d'avoir vu dans quelles conditions, je
suis obligé de travailler.
Je
ne devrais pas avoir d'état d'âme. Chez mon ancien maître, le
technicien qui suivait ma maintenance me répétait sans cesse : "Un
grille pain, c'est fait pour griller. Alors son avis, on s'en fout !"
Cependant, si je n'ai pas de cœur, j'ai des calculateurs qui me font
éprouver le sentiment de ne pas être tomber sur la crème des pilotes.
Les chiffres parlent d'eux même. Depuis deux mois standards, nos soutes
sont vides de toute marchandise. De même que le compte qui n'a de toute
façon jamais dépassé les 700 crédits d'avance. Malgré cela, j'apprécie
la façon dont je suis traité. Mes nouveaux maître sont plutôt
bienveillants à mon égard, ce qui n'est, bien évidemment, pas pour me
déplaire…
J'ai
rencontré Tara en premier. C'était une jeune femme athlétique, forte en
gueule qui n'avait pas sa langue dans sa poche. Un vrai garçon manqué.
Chez mon premier maître, elle conduisait les barges de primeurs vers
l'astromarché de Mosesli. Je ne comprend toujours pas pourquoi le
maître la renvoyée. Elle mettait deux fois moins de temps que les
autres livreurs pour effectuer sa tournée. C'est vrai que sa barge
partait souvent en révision, des problèmes de surchauffes des
accumulateurs la plupart du temps, mais est-ce une raison de
licenciement ? Toujours est-il, qu'un soir, le maître lui a donné son
congé en lui demandant de ne plus approcher la ferme à l'avenir. Avant
de partir, elle est venu dans le hangar où je calculais la production
de betteraves du mois, 200 hecto tonnes me semble-t-il, et m'a chargé à
l'arrière de son speeder. Depuis, lorsque je lui demande la raison de
ce rapt, elle me répond avec un grand sourire : "Prime de
licenciement…". Nous avons pas mal bourlingué tous les deux sur
Tatooine. Tara a fait des livraisons, quelques temps, souvent en marge
de la légalité pour des clients qui voulaient faire parvenir rapidement
des petits colis à leurs amis en toutes discrétion. Tara était jeune et
entreprenante et elle avait soif de gagner un jour l'espace, alors elle
n'a pas compté ses heures. En cinq année, elle a réussit à amasser
suffisamment de crédits pour acheter un transporteur léger. Les
contrats se sont fait plus durs à décrocher, la concurrence était rude.
En graissant la patte d'un commissaire aux transports, Tara parvint à
obtenir quelques vols réguliers vers des établissements orbitaux. Mais
cela s'avéra un mauvais plan car ces établissements dépendant pour
l'essentiel de subventions de l'Empire, traînaient à payer et Tara eut
toute les peines du monde à rembourser les traites du vaisseau.
Leelu
fut la deuxième à rejoindre l'équipage, de façon plutôt originale
puisque Tara la découvrit cachée derrière un ballot de linge sale
provenant d'un orphelinat orbital qu'elle ravitaillait. Leelu était une
adolescente de quatorze ans aux grands yeux apeurés. Tara n'eut pas le
cœur de la ramener à l'orphelinat et décida de la garder avec elle,
peut-être pour rompre cette solitude qui lui pesait. Cette gamine était
surprenante. Depuis sa prime enfance, elle n'avait jamais quitté la
station orbitale qui servait d'orphelinat et s'émerveillait de tout.
Tara l'initia à la vie sous toutes ses formes, il naquit entre elle une
complicité indéfectible. Tara la prit comme membre d'équipage et depuis
Leelu essaye de tenir sa place du mieux qu'elle peut, même s'il la
technologie demeure pour elle un monde parallèle surréaliste. Leelu,
qui ne croisa certainement pas beaucoup de jouets durant son enfance,
m'adopta rapidement comme mascotte et je reste encore aujourd'hui un
perpétuel objet d'émerveillement à chaque clignotement ou bruit
inopiné. Sa naïveté est déconcertante, cependant une force étrange
l'anime et l'acuité de ses perceptions associés à la qualité de mes
senseurs nous ont sortis de bien des traquenards.
Les
créanciers mirent trois ans pour retrouver Tara et saisir son vaisseau
dont elle ne payait plus les traites depuis longtemps et c'est la mort
dans l'âme qu'elle fut débarquée sur Gamma B. Privé d'astronef, elle
aurait pu sombrer dans la dépression sans le soutien de Leelu. De cette
gamine émanait une énergie capable d'abattre des montagnes et son
éternel positivisme permit à Tara de remonter la pente. C'est un soir
alors que Tara et Leelu allaient jouer les subsides de la journée au
tripot local, qu'elles firent la rencontre fracassante d'un homme trop
pressé pour être irréprochable et qui allait pourtant devenir le
troisième larron de l'équipe. Sans prendre la peine de relever les deux
femmes qu'il avait entraîné dans sa chute, il s'enfuit en courant vers
le labyrinthe des ruelles que formait la vieille ville. Cette rencontre
éclair aurait pu en rester là si Leelu, dans un moment d'inspiration
dont elle avait le secret, ne lui avait crier : "Mon amie est pilote !"
L'homme marqua un temps d'arrêt, se retourna brièvement et les enjoint
à le suivre rapidement. Les cris vindicatifs qui provenaient de
l'intérieur du tripot achevèrent de convaincre les deux filles que la
soirée serait plus à la course qu'au jeu. Après avoir errer un couple
d'heures dans le dédale sombre des anciens quartiers, le trio stoppa
sur une petite place pour reprendre un souffle mis à mal durant la
course poursuite. Toujours sans s'être présenté, l'homme demanda où
était notre vaisseau… Après un léger malaise, un court résumé et une
toute aussi brève tractation, vu l'urgence de la situation, Tara et le
mystérieux fuyard parvinrent à deal relativement honnête. Il acceptait
de payer un vaisseau léger que nous devrions piloter loin de cette
planète sans aucune question et cela dès cette nuit. Il insista
plusieurs fois sur l'absence de questions. L'offre incluait un tiers de
la propriété de l'astronef pour chacune des personnes présentes. Une
occasion que Tara ne pouvait laisser passer. La recherche du vaisseau
fut laborieuse. Le choix d'un appareil à saisir dans l'heure avec un
payement direct à deux heures du matin sur une planète contrôle par
l'Empire, le tout sans questions, réduisait le panel des possibilités.
Tara s'arrêta sur un transport léger au prix accessible et comme la
nuit, tout les astronefs sont gris, nous ne nous rendîmes pas compte
immédiatement que nous avions opté pour une casserole volante qui
ferait de mes journées de droïde, un enfer.
Notre
providentiel mécène se présenta comme un mercenaire prénommé John. Il
n'en dit pas plus, mais à la rapidité de notre départ, nous devinions
que cet homme ténébreux et lourdement armé cachait bien d'autres
secrets. Après avoir mis quelques parsecs entre l'hostile planète et
nous, Tara nous ramèna aux dures réalités de la vie de contrebandiers.
Il nous fallait trouver rapidement une cargaison pour se remettre à
flot. Aussi, prenions-nous tout naturellement la direction de Tatooine,
que Tara connaîssait sur le bout des doigts, en quête d'un contrat de
transport. L'atterrissage se déroula quasi normalement puisque ayant
oublié de baptiser l'astronef, l'administration nous refusa l'accès à
l'astroport. John proposa en rigolant un nom fantasque qui fût
immédiatement adopté par Tara qui se remémora alors un vieil animé
passé par sa grand-mère sur un antique lecteur DV, déniché chez un
antiquaire. Notre astronef s'appellerait, désormais, "le Capitaine
Caverne". Je ne sais pourquoi, depuis, à chaque identification, Tara
prend un malin plaisir à hurler le nom du vaisseau de façon
tonitruante... Ce qui en plus d'affoler mes capteurs nous fait perdre
toute crédibilité aux yeux des contrôleurs requérants.
Dans
le hangar qui nous a été affecté, le fonctionnaire chargé de nous
recevoir semble avoir pris quelques mois de congé, vu la poussière qui
s'est accumulée sur le bureau. Au moins les formalités d'immigration
seront rapides. Nous quittons sans plus attendre le hangar et alors que
nous gagnons la guilde marchande, nous sommes surpris de l'intense
activité de la ville. La forte présence de troupes de l'Empire nous
convainc d'être, plus que jamais sur nos gardes. Sur les murs, le long
des rues sont placardées des affichettes ou l'on recherche une
terroriste nommée Leïa. Elle n'a pas le physique d'un poseur de bombe
pourtant, étant donné la récompense promise, cette personne doit être
réellement dangereuse et je frissonne de devoir la croiser.
A
la Guilde, la file d'attente est longue, nous ne sommes malheureusement
pas arrivés les premiers, ce qui ne manque pas de nous handicaper dans
le choix de la cargaison. L'employé répartiteur ne nous propose qu'une
livraison de minerai de Titane sur un système voisin. Dix-huit tonnes
métriques, à peine le tiers de notre capacité. Tara peste. Elle nous
confie que c'est ainsi que les grosses sociétés de transport de
l'Empire entraînent les petits artisans à leurs pertes. Elles
corrompent les administrations pour morceler les cargaisons. Les petits
transporteurs ont alors toutes les peines du monde à rentabiliser un
voyage qui garde des coûts fixes. Elle rajoute que si l'on ajoute à
cela l'augmentation des taxes sur les énergies, charrier un volume
inférieur à soixante tonnes métriques revient à se tirer une balle dans
la tête. Leelu la fixe tendrement avec un doux sourire. Elle m'a
confié, lors d'une soirée passée en tête-à-tête, qu'elle adorait voir
Tara s'emporter. Qu'elle trouvait "trop mignon" la façon dont ses
tempes se coloraient de pourpre, même si elle ne comprenait pas tout ce
dont Tara lui parlait…
Le
type derrière nous met un terme cette envolée lyrique et nous aboie
qu'il est prêt à prendre la marchandise si nous n'en voulons pas. Tara
met le poing dans la poche et nous dit à voix basse en signant le
registre : "Tu comprends comment ils nous tiennent…".
En
sortant, nous découvrons que le soir avance et qu'il nous faut
retrouver John. Nous sommes sensés charger demain aux aurores, aussi
Tara préfèrere qu'il ne passe pas sa nuit à écumer les tripots. Elle
nous conduit tout droit à "la Cantina", lieu privilégié de tout dépravé
qui se respecte. Mais tandis que nous arrivons en vue de
l'établissement, nous voyons Leelu pâlir et gagner le couvert d'une
porte cochère. Elle regarde fixement un être étrange, dissimulé sous
une grande capuche sombre qui nous bouscule sans même nous remarquer.
Tara, inquiète, tente de rassurer Leelu transie de peur qui marmonne
tant bien que mal qu'elle ressent une force noire émaner de cet être.
Bien que nous restions septiques quant au concept de "force noire" nous
arrachons Leelu à son état catatonique et l'entraînons vers la Cantina.
John sort avant même que nous soyons entrés, il a l'air maussade et
nous invite à retourner au "Capitaine Caverne" sans nous adresser un
regard. Tara le tance un peu, mais John ne s'étend pas sur le sujet et
allonge le pas.
Au
débouché d'une ruelle, nous manquons de nous faire faucher par un tir
de blaster. Sur notre droite, nous découvrons trois impériaux,
embusqués, occupés à décharger leurs armes sur un tireur dissimulé
derrière un muret. A notre grand étonnement, John n'hésite pas. Il sort
son arme et abat l'un des soldats. Les impériaux surpris d'être pris à
revers font volte face et nous arrose de leur feu. S'en suit un échange
nourrit de blasters où John fait des merveilles. Les trois soldats mis
hors d'état de nuire, nous parlementons avec le tireur embusqué qui
nous fait maintenant face. Tandis que Tara et John négocient un cesser
le feu, Leelu s'avance, confiante, persuadée que notre interlocutrice
ne nous veut aucun mal. Parfois, cette gosse est d'une candeur
désarmante… Le tireur s'approche de Leelu qui l'attend bras ouverts en
lui répétant que nous sommes là pour l'aider. Tara et John sont
toujours sur leur garde et redoute que des renforts impériaux
n'arrivent. Tandis que le tireur sort de l'ombre, nous sommes
stupéfaits de découvrir en pleine lumière, la terroriste recherchée
dans toute la ville. Elle nous demande de l'évacuer au plus vite de
cette planète. Tara après les tractations d'usage et la promesse d'une
récompense substantielle accepte de conduire Leïa sur une petite
colonie minière du système Pengoda. Nous retournons précipitamment au
hangar où nous retrouvons le "Capitaine Caverne". L'embarquement se
fait sous le tir des impériaux qui nous ont rejoint. John invite Tara à
décoller "très rapidement" en voyant les soldats installer un canon
lourd à la porte du hangar. Heureusement, Tara nous sort prestement de
cette situation tendue avant que les impériaux aient pu nous ajuster.
Mais c'est sauter de la poêle dans le feu car à peine arrivé en orbite,
nous essuyons le tir de barrage d'un croiseur impérial. Mes transistors
frétillent, mes rêves semblent se concrétiser et je vois arriver cette
bataille avec un bonheur non dissimulé. Leelu, aux écrans, annonce en
hurlant trois chasseurs TIE en approche rapide sur nos trois heures.
John court aux canons et se sangle dans son fauteuil tandis que les
accumulateurs de tir se chargent. Tara exécute des cabrioles et passe
au travers des tirs ennemis. En bipant de plaisir je gagne la salle des
machines, le "Capitaine" va donner tout ce qu'il a dans le ventre !
John et Tara font des merveilles, ils virevoltent, alignant les
chasseurs les uns après les autres. Cependant le croiseur nous met à
mal par quelques tirs fort bien ajustés. De mon côté, je déplore
beaucoup d'avaries et tente malgré tout de préserver l'hyperpropulsion.
Les calculs d'astronavigation terminés, nous partons pour la station
minière, pas fâchés de changer d'air. Tara, Leelu et John se félicitent
de leur victoire tandis qu'au fond du placard hydraulique, mon
excitation fait place à l'angoisse des réparations. Si j'avais su,
jeune droïde, qu'une bataille spatiale se soldait ainsi, j'aurais
orienté mes rêves vers des désirs moins belliqueux. Au moins, chez mon
ancien patron, les attaques de navets impériaux étaient rares et la
maintenance sur les machines limitée. Après tout un droïde n'a pas à
avoir de cœur à l'ouvrage puisqu'on me répète sans cesse que nous
n'avons pas de cœur…
à suivre...
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